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14/10/2013

Intervention de Martin ZUIGUELE du 12 octobre 2013

RENCONTRE ET ÉCHANGES

SUR LA CENTRAFRIQUE

PARIS 12 OCTOBRE 2013


ALLOCUTION


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DE MARTIN ZIGUELE,

PRÉSIDENT DU MLPC ET ANCIEN PREMIER MINISTRE

 

Notre rencontre est intitulé « CENTRAFRIQUE, TERRE D’ESPOIR ». Ce thème semble à première vue incongrue, puisque l'actualité de notre pays, ainsi que son histoire sur plusieurs décades, n'autorisent non seulement pas un tel optimisme, mais inciterait plutôt au désespoir. Pour l'opinion, ici et ailleurs, l'espoir n'est aujourd’hui pas permis en Centrafrique, seul le désespoir serait raisonnable. Alors, Centrafrique terre de désespoir ou d'espoir?

Nous sommes ici en présence d’un oxymore, et comme tout corps vivant, la RCA flotte entre le désespoir et l'espoir, et il revient comme partout et toujours, en premier lieu aux filles et aux fils de ce pays de lui redonner des motifs d'espérer, puisque la dynamique de toute vie est de transformer les défis et les handicaps en opportunités.

Faisons ensemble la lecture panoramique de l'histoire de notre pays, afin de comprendre le présent pour construire l'avenir.

Sur le plan historique, la République centrafricaine était au commencement, une terre d'espérance. L'historien grec Hérodote, dans l'Antiquité définissait ce vaste territoire situé au cœur géographique de l'Afrique (l'épicentre de l'Afrique se trouvant précisément dans la ville centrafricaine de Bakala) comme le foyer des "petits hommes noirs' c'est -à-dire nos

pygmées Babingas, comme les premiers habitants de son imposant massif forestier. Des recherches archéologiques menés notamment par Pierre Vidal et Etienne Zangato dans les secteurs de Bouar prouvent une longue présence des populations sur le sol centrafricain et confirment ensuite que la RCA fut pendant longtemps une terre d''échanges et de migrations multiples, facilitées par des conditions géographiques favorables.

Cependant il est important de souligner que l'absence de grandes structures étatiques va permettre, à partir du XVIIIème siècle, le développement de la traite des esclaves. C'est ainsi qu' aux environs de 1820, le peuple Gbaya, pourchassé dans le nord -ouest du Cameroun par les Foulbé de l'Adamawa s'établit sur le sol centrafricain, tandis vers 1825 , le peuple Mandjia s'établit au nord de l'Oubangui. A l'Est, sous la poussée esclavagiste arabe , le peuple Banda émigra du Fertit vers le sud et l'ouest du pays, alors que dans le sud est du pays, vers 1850 , la nation Zandé atteint son apogée avec les sultanats de Rafai, Bangassou et Zemio. Vers la fin du XIXème siècle, le pays sera victime de brutales épidémies de variole qui décimèrent ses habitants et ont fait fuir les survivants. À la même époque, le conquérant arabe soudanais Rabah, entreprendra de bâtir un vaste Empire esclavagiste au Tchad et dans le nord du pays. Il est vaincu par les Français en 1900, mais la traite saharienne ne sera définitivement stoppée qu'à la veille de la Première Guerre mondiale. L'histoire coloniale commencera en 1885, lorsque des explorateurs belges découvrent le fleuve Oubangui. Le territoire ainsi découvert est partagé entre la France et la Belgique de part et d'autre du fleuve qui marque ainsi la frontière entre ces deux puissances coloniales. En 1889, sur la rive droite de l'Oubangui est fondée la première ville française, Bangui, qui deviendra en 1905, la capitale de l'Oubangui-Chari, qui sera incluse en 1910, à l'Afrique-Équatoriale Française. Dès le début de la colonisation, les populations de cette région sont astreintes au portage, pour acheminer le matériel des expéditions françaises successives qui partent à la conquête du Tchad. Certains administrateurs se distinguent par leur brutalité, mais, surtout, l'Oubangui-Chari est partagé entre des sociétés concessionnaires exploitant le caoutchouc et l'ivoire, qui se chargent de sa « mise en valeur ». Ce système, générateur de tous les abus, durera, comme le portage, jusqu'aux années 1920. La colonie française de l'Oubangui-Chari fournira de nombreux soldats à la France pendant les deux guerres mondiales, et c'est de Bangui que partira le fameux "Bataillon de Marche 2", plus connu sous le nom de BM2, dans lequel s'illustrera le Lieutenant Koudoukou , tombé 'lors de la campagne d'Egypte. Entretemps, en 1921 l'Oubangui- Chari sacrifiera beaucoup de ses fils à l'occasion de la construction du chemin de fer Congo-Océan, comme pour développer la culture de l'hévéa nécessaire à l'industrie de guerre. Excédés par cette dure colonisation, les paysans de l'ouest du pays se révoltent en 1928, et ce fut la guerre de Kongo-Wara, qui ne sera définitivement matée qu'en 1934.

C'est cet Oubangui- Chari, initialement terre de refuge, puis terre de dures souffrances, qui deviendra dans ses seules frontières coloniales la République Centrafricaine le 1er décembre 1958 sous l'impulsion de son illustre fils, feu le Président Barthélémy Boganda. Faut-il rappeler que Boganda s'est résolu à cette situation parce que ses pairs de l'ancienne AEF(Congo Brazzaville, Gabon, Tchad et Oubangui- Chari) ne voulaient pas d'une fédération, qui plus tard devait englober le Congo Belge et l'Angola dans "Les Etats-Unis de l'Afrique Latine".

Barthélémy Boganda disparaîtra dans un accident d'avion le 29 mars 1959, et la RCA deviendra indépendante, sans lui, le 13 août 1960. On l'a vu, le pays est né dans le drame, sans son père fondateur, et cette disparition prématurée de cette figure historique ouvrira la voie à une bataille des héritiers qui se dénouera par l'éviction de Abel GOUMBA, par David Dacko, qui sera à son tour renversé par Jean- Bedel Bokassa le 1er janvier 1966.

Jean- Bedel Bokassa, de manière volontariste, a relancé l'économie du pays, en se basant sur l'agriculture, avec des succès probants. Bâtisseur dans l'âme, le pays a commencé à se transformer sur tous les plans: édifices publics, routes, ponts, agriculture, Bokassa faisait avancer le pays à marches forcés. Cependant sur le plan institutionnel, Bokassa a renforcé son pouvoir personnel au point de s'autoproclamer empereur. Sa chute en septembre 1979, s'est suivi en septembre 1980 d'un Séminaire National de réflexion qui décidera de l'instauration du multipartisme intégral, dans une Afrique majoritairement monopartisan. Cette brève lueur d'espoir sera brisée par des lendemains électoraux électriques, qui feront le lit du retour de l'armée au pouvoir en septembre 1981.

Ce n'est qu'à la faveur de La Baule que le multipartisme sera restauré en RCA en 1992, et conduira à des élections ouvertes en 1993, remportées par le MLPC, marquant ainsi la première alternance démocratique dans le pays depuis l'indépendance. Mais le nouveau pouvoir affrontera tout de suite de grandes difficultés de tous ordres, qui se solderont par la prise du pouvoir le 15 mars 2003 par François BOZIZE, suite à une rébellion militaire sanglante et destructrice. François BOZIZE sera à son tour renversé le 24 mars 2013 par l'ex-coalition rebelle Séléka, conduite par Michel DJOTODJIA, qui est Chef d'Etat de la transition actuelle. La situation aujourd'hui est caractérisée par une crise binaire, sécuritaire et humanitaire, de très grande ampleur, qui renforce les inquiétudes de tous sur le cas centrafricain. Chacun de nous est interpellé, d'abord nous centrafricains, mais aussi les amis de notre pays.

 

Le cheminement de la RCA à travers son histoire n'a pas été une sinécure, jusqu'à ce jour. La question que tout le monde se pose et nous pose, est celle de savoir s'il y a des motifs

d'espérer, devant une tel tableau. On se demande si le désespoir n'est pas plus raisonnable devant cette histoire difficile, devant cette marche erratique...Et de rappeler, pour conforter cette vision qu'aujourd’hui, après cinquante trois (53), la République Centrafricaine est toujours engluée dans une instabilité politico-institutionnelle cyclique et chronique, empêtrée dans une situation économique catastrophique, et plongée dans une insécurité généralisée, qui est récurrente sinon permanente. Sur le plan économique, le Centrafrique, est l'un des pays les plus pauvres du monde avec un indice de développement humain-IDH de l’ordre de 0,343, ce qui le classe au 179e rang sur 187 pays évalués.

On nous demande sans cesse: quelles sont les causes de cette situation singulière?

- L'héritage colonial ? la RCA n'a pas été la seule colonie en Afrique même si les crédits de développement des colonies étant épuisés , son équipement a été confié à des sociétés concessionnaires qui n'ont pas respecté leurs engagements, laissant cette colonie sans infrastructures dignes de ce nom à l'indépendance (chemins de fer, ports, ponts, routes, etc.)..

- L'absence de ressources naturelles ? Non puisque la RCA a un sous-sol très riche et varié (or, diamant, uranium, pétrole etc.), son sol très fertile grâce à une importante pluviométrie, et aussi bien sa faune que sa flore sont plus riches que celles du Kénya et de la Tanzanie.

L'analyse objective de notre marche à travers notre histoire récente, indique clairement qu'après la disparition de Barthélémy Boganda, notre pays , et notamment ses dirigeants successifs, ont systématiquement placé l'intérêt général derrière des intérêts particuliers de tous ordres. C'est la conception patrimonialiste du pouvoir politique, avouée ou inavouée, consciente ou inconsciente, qui est la cause du parcours chaotique de notre pays. Elle est à la source de la mauvaise gouvernance publique, du clientélisme sous toutes ses variantes, du refus de construire des institutions ouvertes et des contre-pouvoirs régulant le vivre ensemble, et cette situation engendre la culture de la violence en politique et dans la vie sociale. Naturellement, la gestion du pouvoir politique sans réelle vision politique à long terme légitimement acceptée par le peuple souverain creuse davantage le fossé entre les gouvernants et la population qui ne réagit plus en citoyens, révoltés par l'exclusion et l’injustice sociale pratiquées par des dirigeants patrimonialistes. Ces deux mondes- gouvernants et gouvernés- qui cohabitent plutôt que vivent ensemble, n'ont plus que la violence comme mécanisme d'alternance et de redistribution des chances, et des places. C'est ainsi que je m'explique notre situation, et naturellement le débat est ouvert.

Pourtant, il y a des motifs d'espérer, beaucoup plus de motifs d'espoir que de désespoir, malgré les contingences actuelles qui mobilisent au-dedans et en dehors du pays.

D'abord sur le plan purement factuel, la République centrafricaine dispose d'actifs qui peuvent servir de base à une stabilisation rapide de la situation économique et à sa relance

durable; en effet, grand comme la France et la Belgique réunies , la RCA est un pays de 623.000 km2. Bien qu'enclavé, les six pays qui l'entourent ( au nord, le Tchad avec qui il partage la plus longue frontière, à l'est le Soudan et le Sud-soudan, au sud les deux Congo, et à l'ouest le Cameroun) et dont certains sont en déficit alimentaire structurel, sont des clients potentiels dans le cadre d'une vigoureuse politique agricole. Faiblement peuplé, avec moins de 5 millions d’habitants, soit 8 habitants par Km2, les besoins en infrastructures collectives sont gérables

Bien sûr, pour stabiliser puis développer un pays la paix et la sécurité constituent un préalable incontournable. Face à cette crise sécuritaire et humanitaire, le travail se fait également en interne. Les autorités de la transition sont mobilisés pour ramener la sécurité sur toute l’étendue du territoire, sécuriser ainsi les populations, restaurer l’autorité de l’Etat et rassurer les opérateurs économiques. La coalition SELEKA a été dissoute, certains de ses éléments incontrôlés recherchés, arrêtés, jugés et condamnés. Les Forces Armées Centrafricaines (FACA) reprennent progressivement leurs missions et leurs positions. Enfin, il est important de souligner que l’ensemble des forces vives de la Nation, la société civile, les confessions religieuses et les partis politiques, y compris le MLPC, mon parti, œuvrent sans relâche pour une transition apaisée, concertée et consensuelle, et restent vigilants sur la protection des droits humains.

 

Ensuite, nous saluons la célérité avec laquelle notre pays a bénéficié du soutien et de l'attention de ses voisins les Etats membres de la CEEAC et de la CEMAC, puis de l’Union Africaine et de la communauté internationale dont la France, l'Union européenne et les Nations Unies.. L’assistance internationale s'est d’abord manifestée sur le plan militaire, à travers les troupes de la FOMAC, de la MICOPAX et aujourd’hui de la MISCA, pour être multidimensionnelle aujourd'hui.

Distingués invités, chers compatriotes, mesdames et messieurs,

Comme vous le savez, l’appui international dont bénéficie la République Centrafricaine aujourd'hui dépasse désormais le cadre de la sous-région d’Afrique Centrale. La France, grand ami historique du peuple Centrafricain est aux premières lignes pour soutenir le travail des autorités de la transition. Rappelons que c'est grâce au détachement militaire français Boali que l’aéroport international de Bangui M’Poko est sécurisé, permettant au pays de rester accessible de l'extérieur.

Je disais que grâce à l’action diplomatique très forte de la France, menée par le Président François Hollande lui-même, appuyé par le Chef de la Diplomatie Française Laurent Fabius, la crise sécuritaire et humanitaire en Centrafrique a été évoquée lors des travaux de la soixante huitième (68ème) Assemblée Générale des Nations-Unies du 24 au 25 septembre 2013 à New York. Le Président François Hollande, à travers son allocution devant les cent

quatre vingt treize (193) Chefs d’Etat et de Gouvernement présents, avait personnellement et fortement plaidé pour une aide massive et rapide de la Communauté Internationale en faveur de la République Centrafricaine. Ce message a très vite été entendu, puisque dès le 25 septembre 2013, en marge de l’Assemblée Générale, une réunion ministérielle avait même rassemblé la France, l’Union Européenne, l’ONU, les Etats-Unis, l’Union Africaine et les pays voisins du Centrafrique. Enfin, pour traduire sa vive préoccupation en acte, le Conseil de Sécurité de l’ONU, a adopté en date du 10 octobre 2013, un premier texte, la Résolution 2021, aux termes de laquelle, le soutien international se fera en deux temps, pour contribuer à arrêter les souffrances des populations Centrafricaines et restaurer l’ordre constitutionnel :

* Dans un premier temps, le Conseil a décidé de renforcer la MISCA (Mission internationale de soutien en Centrafrique), la force de l'Union africaine (UA) censée sécuriser le pays, avec pour perspective de la transformer éventuellement en mission de maintien de la paix des Nations Unies;

* Dans un second temps, la résolution demande aussi à l'ONU de renforcer son Bureau intégré pour la consolidation de la paix en RCA (BINUCA). Celui-ci devra aider à organiser des élections libres, équitables et transparentes et enquêter sur les exactions commises dans tout le pays. D’autres Résolutions sont annoncées par ce premier texte, pour préciser davantage les termes et les formes de l’intervention onusienne en Centrafrique. Par ailleurs, le dimanche 13 octobre 2013, Laurent Fabius, Ministre Français des Affaires Etrangères effectuera une visite de travail à Bangui.

* Il convient de souligner que la mobilisation internationale ne se limite pas seulement à une assistance militaire et politique ; elle est aussi financière puisque, hormis les Etats membres de la CEEAC et de la CEMAC notamment le Congo Brazzaville qui apportent déjà une aide financière à la RCA, Christine Lagarde, Directrice Générale du FMI, a de son côté décidé en date du 04 octobre 2013 de reconnaître, de renouer avec les nouvelles autorités de la transition en cours, et dans la foulée de les convier aux assemblées annuelles du FMI et du Groupe de la Banque Mondiale prévues du 11 au 13 octobre 2013 à Washington.

 

Vous avez donc compris que du désespoir , on peut passer à l'espoir. Pour cela nous centrafricains nous devons nous mobiliser pour la paix et la sécurité au niveau national, et bien évidemment la communauté sous-régionale, régionale et internationale doit également rester mobilisée. La conjonction des actions nationales et internationales ont pour objectif de faire face à cette crise binaire, c'est-à-dire sécuritaire et humanitaire , afin que le le retour à

l’ordre constitutionnel se fasse de manière apaisée, transparente et démocratique. Il appartient aux centrafricains de tirer les leçons de nos malheurs et de nos errements depuis la nuit des temps, pour placer l'intérêt général de notre pays avant toute autre considération, afin d' enrayer définitivement la mauvaise gouvernance qui fait le lit des conflits, de la culture de violence, de l’exclusion et de l’injustice sociales.

 

Vive le Centrafrique, la terre de Boganda

Je vous remercie et remercie tous les pays , toutes les institution internationales, toutes les ONG et toutes les bonnes volontés qui sont à nos côtés pour sauver la RCA

16/11/2018

Texte de l'intervention de Martin Ziguelé ce jour à l'Académie Diplomatique Internationale

LA RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE :

 

SITUATION ET PERSPECTIVES

 

ACADÉMIE DIPLOMATIQUE INTERNATIONALE

 

 

 

PARIS 2 JUIN 2014

 

L’actualité de la situation dans mon pays et plus particulièrement celle de sa capitale, m’oblige à en dire deux mots avant d’aborder proprement parler le sujet sur lequel je dois intervenir ici. En effet, Bangui vient de connaître une nouvelle convulsion il y a quelques jours, avec le cycle infernal absurde de représailles et d’escalades dans la violence aveugle et des tueries.

Après le lynchage une semaine plus tôt de trois jeunes musulmans, cette fois-ci, on a dénombré dix-sept personnes, dont un curé, sauvagement abattues et une trentaine d’autres grièvement blessées dans une église, après le passage d’assaillants non encore clairement identifiés. Il s’en est suivi dès le lendemain la quasi paralysie de la ville et ce, durant deux jours.

On a noté un vaste mouvement de protestations dans plusieurs quartiers de Bangui où des barricades ont été érigées sur les principaux axes routiers, deux mosquées détruites par des manifestants très en colère qui marchaient et scandaient des slogans hostiles au contingent burundais de la MISCA en charge du secteur, accusé de n’avoir rien fait pour empêcher le carnage de l’église et dont ils exigeaient le départ du pays. Les manifestants ont aussi demandé la démission de la présidente de la transition, Mme Catherine SAMBA-PANZA.

On enregistre depuis lors, une certaine accalmie mais qui est précaire,car le désarmement général de tous les arrondissements de la capitale - y compris des deux essentiellement habités par la communauté musulmane - enfin annoncé par Mme la présidente Catherine SAMBA-PANZA mais déjà contesté par nos compatriotes musulmans, pourrait être de tous les dangers.

 

 

La République centrafricaine est un pays d’ordinaire méconnu, en dehors des périodes fantasques comme celle du couronnement de feu Jean-Bedel BOKASSA, qui s’était autoproclamé Empereur en 1976.

 

Depuis plus d’une année la RCA fait la une des medias internationaux, à cause de la grave crise multiforme (sécuritaire, humanitaire, politique, économique et sociale) qui y sévit, depuis le déclenchement dans la partie Nord-est du pays de la rébellion de l’ex- Coalition SELEKA en décembre 2012, et qui a fini par renverser du pouvoir le Général Président François BOZIZE.

 

Malheureusement, cette crise n’est que la dernière en date d’une trop longue série de crises politiques graves que notre pays a connues depuis la disparition du Père de l’indépendance Barthélemy BOGANDA le 29 mars 1959, à moins d’un an de l’accession du pays à la souveraineté internationale, dans un accident d’avion aux circonstances non encore élucidées à ce jour.

 

Le mal centrafricain se décline par un chapelet de coups d’Etat réels ou supposés, de tentatives de coup d’Etat, de mutineries militaires et de rebellions, sans parler de changement de forme de l’Etat, passé comme évoqué tantôt de la République à l’Empire en 1976, avant de revenir à la République à la faveur d’un autre coup d’Etat en 1979.

 

Ces déchirements sont la conséquence d’alternances politiques difficiles, dues à une personnalisation excessive du pouvoir : à la mort de Barthélemy BOGANDA, son Ministre de l’Intérieur David DACKO s’imposera contre le Vice-président du Conseil des Ministres, Abel GOUMBA. Ensuite, le colonel Jean-Bedel BOKASSA Chef d’Etat-major de la jeune armée nationale, renversera le Président David DACKO en 1966, puis en septembre 1979, à la faveur de l’Opération Barracuda, l’ancien Président David DACKO renversera à son tour Jean-Bedel BOKASSA. Mais, le 1er septembre 1981, le Général André KOLINGBA, Chef d’Etat-major des Armées s’emparera du pouvoir des mains de David DACKO et le conservera jusqu’en octobre 1993. Il transmettra le pouvoir à Ange-Félix PATASSE, élu au suffrage universel en septembre 1993. Ce sera la première et seule alternance démocratique à ce jour dans l’histoire du pays, puisque le Général François BOZIZE, Chef d’Etat-major des Armées qui était entretemps entré en rébellion contre le régime du Président Patassé, vient mettre brutalement fin à cette courte expérience en renversant à son tour Ange-Félix PATASSE le 15 mars 2003

 

Le même François BOZIZE sera à son tour renversé par Michel DJOTODIA, chef de la coalition rebelle Seleka le 24 mars 2014. Enfin ce dernier sera lui-même contraint à la démission le 10 janvier 2014, ouvrant la voie à l’élection le 20 janvier 2014 de Madame Catherine SAMBA-PANZA par le Conseil National de Transition - le Parlement provisoire - au poste de Chef d’Etat de la Transition avec comme principales missions la restauration de la paix et l’organisation des élections en février 2015.

 

Naturellement, cette longue et récurrente instabilité politique, et les violences multiformes qui l’accompagnent, ont relégué au second plan le développement économique et social du pays depuis notre indépendance en 1960. Cela fait de la RCA un véritable paradoxe puisque nous sommes aujourd’hui un pays parmi les plus pauvres du monde, incapable de fournir à sa population les services de base, malgré les considérables potentialités et ressources naturelles dont nous disposons. La conséquence de cette situation paradoxale est la promotion de contre-valeurs tels que les comportements inciviques, le développement du communautarisme, l’absence de sentiment national et la mauvaise gestion de la chose publique, dans un environnement d’effondrement progressif de l’Etat et de personnalisation excessive du pouvoir, en lieu et place de la construction ou du renforcement des institutions et de la citoyenneté.

 

La dernière crise en cours est justement née de ce cocktail de contre-valeurs.

 

En effet, les élections groupées de janvier 2011, contrairement à celles organisées en 2005 après la première transition dirigée par le Général François BOZIZE suite à sa prise du pouvoir par les armes en mars 2003, se sont déroulées en dehors du cadre légal, au vu et au su de tous. Les résultats ont été naturellement et unanimement contestés par toutes les parties, y compris par la communauté internationale, et les institutions issues de cette mascarade électorale sans précédent n’ont pas été reconnues par l’opposition démocratique. Notre pays a replongé dans une crise politique postélectorale doublée d’une crise sociale et sécuritaire sans précédent du fait de l’accentuation de la pression militaire exercée sur le pouvoir illégitime du général BOZIZE par plusieurs rébellions dans l’arrière-pays.

 

Le général François BOZIZE, alors Président de la République, s’était muré dans un refus de toute concertation et de tout dialogue avec les partis de l’opposition, et ce, malgré les recommandations du Dialogue Politique Inclusif tenu à Bangui en décembre 2008 et en dépit des conseils pressants du Président tchadien Idriss DEBY ITNO qui a effectué exprèsdébut mai 2012, un déplacement à Bangui pour lui suggérer un dialogue politique avec l’opposition.

 

A l’éclatement de la rébellion de l’ex-Coalition SELEKA début décembre 2012, et lorsque les Chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEEAC devaient se réunir à Ndjamena afin de trouver une issue politique et pacifique à cette crise, l’ancienne opposition démocratique dont mon parti le MLPC est membre, réunie en Collectif des partis et associations politiques de l’opposition démocratique, a pris ses responsabilités historiques en demandant aux Chefs d’Etat et de Gouvernement la tenue d’un sommet élargi aux forces politiques et à la société civile pour débattre au fond de la crise centrafricaine.

 

C’est ainsi qu’en janvier 2013, se tiendra à Libreville un sommet extraordinaire de la CEEAC sur cette crise, à l’issue duquel ont été signés les Accords dits de Libreville, qui prévoient entre autres, la mise en place d’une période de transition de trois ans s’achevant en 2016, et la constitution d’un gouvernement d’union nationale de transition dirigé par un Premier Ministre issu de l’opposition démocratique.

 

C’est sur cette base que Maître Nicolas TIANGAYE, alors Coordonnateur de l’opposition démocratique, fut nommé Premier Ministre malgré les atermoiements du général BOZIZE. Le Premier Ministre Nicolas TIANGAYE mettra en place, dans des conditions éprouvantes, un gouvernement d’union nationale de transition comprenant toutes les entités signataires des Accords de Libreville, c’est-à-dire la majorité présidentielle de François BOZIZE, l’opposition démocratique, l’ex-rébellion Séléka et les mouvements politico-militaires engagés dans le processus du DDR. Malgré la mise en place de ce gouvernement, le non-respect des Accords de Libreville conduira à la reprise des hostilités et à la chute de François BOZIZE le 24 mars 2013.

 

L’opposition démocratique a condamné cette prise de pouvoir par la force et exigé le respect de l’esprit des Accords de Libreville, notamment la conduite consensuelle et inclusive d’une période de transition apaisée. C’est ainsi que les sommets extraordinaires de Ndjamena 3 et 4 d’avril 2013 consacreront cette position et permettront la mise en place du Conseil National de Transition, de la Charte Constitutionnelle de transition et des autres institutions de la transition.

 

Devant la dégradation continuelle de la situation sécuritaire et les difficultés liées à la cohabitation politique entre les trois personnages principaux de ladite transition, les Chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEEAC tiennent les 9 et 10 janvier 2014 à Ndjamena, un sommet extraordinaire à l’issue duquel le Président de la Transition ainsi que le Premier Ministre Chef du Gouvernement sont contraints à la démission.

 

Il s’en suivra l’élection d’un nouveau Président de Transition qui nommera un Premier Ministre de transition en dehors des dispositions de l’Accord politique de Libreville et de la Charte Constitutionnelle de Transition. Dès lors, les partis membres de la plateforme à laquelle mon parti le MLPC appartient, et qui se dénomme l’Alliance des Forces Démocratiques de la Transition (AFDT) décident de ne pas participer au gouvernement de transition tout en soutenant néanmoins le processus de transition en cours.

 

 

 

Les propositions de sortie de crise

 

Malgré ce changement intervenu au sommet de l’Etat en janvier 2014, la crise sécuritaire s’est accentuée. De mon point de vue, l’aggravation actuelle de la situation en RCA est due à deux facteurs :

le premier facteur est l’instrumentalisation politique, militaire confessionnelle des milices Anti-Balakas, par le général François BOZIZE et ses proches, malgré les sanctions récemment édictées par l’ONU de gel de leurs avoirs et d’interdiction de voyager. Les milices Anti-Balakas sont encadrés au vu et au su de tous par d’anciens membres de la garde prétorienne de François BOZIZE, ainsi que par ses partisans et alliés politiques inspirateurs des associations, Coalition citoyenne d’opposition aux rébellions armées (COCORA) et Coalition des Actions Citoyennes (COAC) de triste mémoire. Il est important de relever que le parti de François BOZIZE, le parti Kwa Na Kwa (KNK) n’a jamais condamné les violences exercées par ces groupuscules agissant au nom de leur leader. L’objectif stratégique des Anti-Balakas est et demeure la déstabilisation du processus de la transition afin de créer un genre de « big-bang » leur offrant une fenêtre d’opportunité pour revenir dans le jeu politique, grâce à une remise à plat des institutions. C’est cette stratégie qui se décline aujourd’hui par le harcèlement des forces internationales et les assassinats ciblés des « musulmans » et la destruction de leurs lieux de cultes. En s’interposant, les forces internationales sont aussi devenues la cible des forces pro-BOZIZE qui se félicitent ouvertement d’avoir « poussé » le Tchad à se désengager de la RCA. Aujourd’hui la même stratégie est remise en marche contre les forces burundaises de la MISCA. L’objectif final est de faire le vide pour s’imposer militairement et conduire une « troisième » transition avec leurs mentors à la tête de l’Etat.

 

Le second facteur est la position réelle de l’ex-Coalition Séléka vis-à-vis de la paix et de l’unicité du pays. Le récent Congrès de l’ex-Coalition Séléka tenu à Ndélé dans le nord du pays, a pris des décisions qui vont dans le sens de la mise en place des éléments constitutifs d’un Etat : mise en place d’un Etat-major militaire de l’armée rebelle, d’une direction générale de la gendarmerie, de la police, des services de renseignement et de l’administration, etc… dans la partie orientale de notre pays où se sont retranchées la plus grande partie de nos compatriotes de confession musulmane pour se protéger des anti-balakas. Malgré les dénégations des chefs militaires de la Séléka, cette situation porte atteinte à l’intégrité du pays et est inacceptable pour tout Centrafricain. C’est un défi politique majeur dont la résolution doit être au centre des préoccupations du gouvernement et de la communauté internationale, car toute partition de la RCA est non seulement inacceptable mais risque d’être un précédent dangereux pour tous les pays de la sous-région.

 

Le troisième facteur est une sorte de « marginalisation » du politique dans le processus de transition : les partis politiques démocratiques et républicains, conscients de la situation de notre pays et de leurs responsabilités historiques, œuvrent très sincèrement pour le succès de la transition et pour preuve, ils soutiennent le processus malgré leur absence du gouvernement de transition. Cependant force est de constater que le rôle des partis politiques est sous-estimé par les différentes parties prenantes à la résolution de la crise centrafricaine, qui n’en font pas réellement des interlocuteurs. Les interlocuteurs considérés comme valables sont ceux qui portent ou ont porté des armes contre la Nation, et menacent quotidiennement la paix et la sécurité dans le pays. Il s’en suit une sorte de prime à la violence et aux groupes violents, qui renforce l’esprit d’incivisme et relègue au second plan les devoirs du citoyen en République. De facto, le gouvernement croît n’avoir d’autre choix que de s’éloigner aussi bien des Accords de Libreville que de la Charte Constitutionnelle de la Transition tout en ménageant les groupes armés dont certains représentants ont été choisis pour faire partie des cabinets de la présidence et de la primature. Les autorités de la transition sont malheureusement en train de faire les frais de ce manque de fermeté à l’égard des bandes armées qui ne cessent de les harceler et de les diviser.

 

Devant cette situation, nos propositions de sortie de crise sont les suivantes :

 

1- LA NECESSAIRE DESIGNATION DES ANTI-BALAKAS COMME FORCES NEGATIVES DE RESTAURATION DE L’ORDRE ANCIEN ET DES EX-SELEKAS PARTISANS DE LA PARTITION DU PAYS COMME FORCES NEGATIVES DE PARTITION DU PAYS :

 

Il est difficile de dire aujourd’hui quelle est la position politique exacte du gouvernement centrafricain vis-à-vis des Anti- Balakas et des ex- Selekas partisans de la partition du pays. Les déclarations des responsables gouvernementaux sont différentes, contradictoires les unes des autres, et cela ne donne aucune lisibilité à la définition d’une stratégie politique et militaire claire vis-à-vis des forces négatives. Cette situation est un facteur aggravant de la crise actuelle et à l’origine des tensions perceptibles avec la communauté internationale.

 

 

 

 

 

2- L’APPLICATION EFFECTIVE, INTEGRALE ET IMMEDIATE DES RESOLUTIONS 2121 ET 2127 DU CONSEIL DE SECURITE DES NATIONS UNIES PAR LES FORCES INTERNATIONALES :

 

Le mandat onusien qui place les forces françaises de SANGARIS et celles africaines de la MISCA sous le chapitre 7 de la Charte des Nations Unies implique l'usage de la force pour désarmer les deux forces négatives. Il faut que ce mandat soit appliqué dans son intégralité, puisque le désarmement intégral concomitant et simultané des groupes et/ou individus détenteurs illégaux d’armes de guerre est la condition sine qua non du retour à la sécurité. Il s’agit d’éviter que la RCA ne continue d’être le terrain d’affrontements intercommunautaires de grande ampleur, et ensuite un sanctuaire pour des mouvements et réseaux criminels transnationaux. Apres cela, il reviendra au gouvernement centrafricain de poursuivre cette tache contre les combattants de l’Armée de Résistance du Seigneur (Lord’s Resistance Army-LRA) de l’Ougandais Joseph KONY qui continuent de sévir aux frontières du Sud-soudan et de la République Démocratique du Congo, et des divers autres groupes issus des confins de la zone dite des « trois frontières » Tchad-RCA et Soudan.

 

 

 

 

 

3- EQUIPEMENT ET DEPLOIEMENT DES FORCES DE POLICE ET DE GENDARMERIE AUX COTES DES FORCES INTERNATIONALES SUR TOUTE L’ETENDUE DU TERRITOIRE NATIONAL :

 

 

 

Cette évidence est partagée par tous les protagonistes de la crise centrafricaine. L’absence d’une masse critique des forces de police et de gendarmerie à Bangui, et surtout leur absence totale des villes de province, ont accentué l’insécurité. Pour rétablir la sécurité dans les quartiers de Bangui, dans les villages et les villes de l’intérieur du pays, cette remontée en puissance de la police et de la gendarmerie est nécessaire et urgente.

 

 

 

 

 

4- CANTONNEMENT, CONTROLE ET RESTRUCTURATION DES FORCES ARMEES CENTRAFRICAINES (FACA), PUIS LEUR EQUIPEMENT ET DEPLOIEMENT AUX COTES DES FORCES INTERNATIONALES SUR TOUTE L’ETENDUE DU TERRITOIRE NATIONAL :

 

Suite au lynchage public d’un de leur camarade de confession musulmane et de ce fait, considéré comme un complice de l’ex-rébellion de la SELEKA, les FACA sont devenues un cas d’école pour tous : faut-il réarmer des forces qui ont fait publiquement la preuve de comportements non-professionnels? Il nous semble important de cantonner et de procéder au tri de ces militaires pour séparer le bon grain de l’ivraie car il est établi que bon nombre d’éléments FACA qui gardent par devers eux leurs armes, sont impliqués dans les actions des antibalakas et dans de nombreux braquages, puis de réarmer progressivement des unités reconstituées. Il faut que le gouvernement continue de discuter avec la Communauté internationale pour le rééquipement des Forces Armées Centrafricaines (FACA). Cela leur permettrait d’œuvrer efficacement aux côtés des forces internationales, tout en respectant les résolutions 2121 et 2127.

 

 

 

 

 

5- EXECUTION TRES RAPIDE DES PROGRAMMES DE DESARMEMENT-DEMOBILISATION ET REINSERTION (DDR) ET DE LA REFORME DU SECTEUR DE SECURITE (RSS) :

 

C’est la priorité absolue sans laquelle le cas centrafricain sera un éternel recommencement. Il faut rappeler que la crise actuelle est née du manque de volonté du régime de François BOZIZE de mener à bon terme deux programmes soutenus par la communauté internationale et indispensables à la paix et à la stabilité du pays. Il s’agit du Programme de Désarmement, Démobilisation et Réinsertion (DDR) dont plusieurs financements antérieurs ont été hélas dilapidés et gérés dans l’opacité. L’objectif était pourtant de redonner à l’Etat la capacité de se protéger. Cette mise en œuvre rapide du DDR devient aujourd’hui une nécessité pour mettre fin à l’existence de groupes armés et des velléités séparatistes.

 

 

 

 

 

6- RESTAURATION DE L’AUTORITE DE L’ETAT PAR LE REDEPLOIEMENT RAPIDE DE L’ADMINISITRATION ET LA RELANCE DE L’ECONOMIE :

 

L’Etat centrafricain s’est effondré et la restauration de l’autorité de l’Etat passe par le redéploiement rapide de l’administration sur toute l’étendue du territoire national, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui à cause des contraintes sécuritaires. Ce sera le seul moyen de ramener dans leurs foyers les près de deux millions de déplacés internes, et des réfugiés dans les pays voisins, puis ensuite de rétablir et de reconstruire la confiance entre les gouvernés et les gouvernants.

 

Pays à l’économie embryonnaire, fragile et traditionnellement mal gérée, la RCA connait à l’occasion de cette crise une implosion totale de ce qui reste de son économie et de ses finances publiques. Il faut exécuter la feuille de route du gouvernement adoptée rendant effectivement disponibles les financements promis. Il faut également s’attaquer dans l’ordre, aux urgences humanitaires puis prioriser les décisions permettant de relancer effectivement l’agriculture et l’élevage qui font vivre la majorité de la population en zone rurale et de remettre en état des principales infrastructures permettant la fluidité des échanges intérieurs et extérieurs de la RCA.

 

Le paiement régulier de la dette sociale publique (salaires des fonctionnaires, pensions des retraités et bourses des étudiants) dans un pays sans secteur privé important est un levier important de reprise économique par la relance de la consommation. Nous saluons la concrétisation constatée des appuis extérieurs multilatéraux dont ceux du FMI et de la Banque Mondiale, ainsi que des aides budgétaires bilatérales d’urgence notamment de la France, de l’Angola, du Congo, du Tchad, etc.…La vie a commencé à reprendre à Bangui du fait de cette aide quand les démons de la haine ont replongé cette semaine le pays dans un déchainement de violence, parce que le retour progressif de la paix leur est insupportable et contraire à leurs plans machiavéliques.

 

 

 

7- MISE EN PLACE D’UN PROCESSUS DE JUSTICE PUIS DE RECONCILITATION :

 

S’il est vrai qu’il n’y aura pas de paix définitive des cœurs sans réconciliation, il est également établi qu’il n’y aura pas de paix sans justice. Nous saluons les décisions du Comité de sanctions contre trois des responsables de la crise centrafricaine, et leur demandons de poursuivre leur travail et que justice s’en suive. Depuis décembre 2013, le MLPC milite pour la mise en place d’une Commission Justice et réconciliation, car l’impunité est la cause principale de la répétition des crises en RCA. Il faut rechercher la vérité sur les tenants et aboutissants des crises, puis s’atteler à la justice et après au pardon etc… La réconciliation ne saurait être une fenêtre d’opportunité pour des criminels qui cherchent frénétiquement l’impunité et à se refaire une virginité judiciaire.

 

Il faut reconstruire d’urgence la chaîne pénale et les infrastructures de base de la justice qui ont été détruits. Les exemples sud-africains et rwandais avec les « gatchatchas » doivent nous inspirer pour inventer des mécanismes appropriés de justice. Cependant, force est de constater que dans sa situation actuelle, l’Etat centrafricain ne peut réellement pas exercer son droit régalien de juger et la justice internationale doit intervenir le plus tôt possible contre ces criminels bien connus en RCA afin qu’ils ne continuent pas de nuire à la transition.

 

 

 

 

 

8- LE RETOUR DES DEPLACES DANS LEURS LIEUX HABITUELS DE RESIDENCE :

 

Près de deux millions de Centrafricains, dont environ de cinq cents mille dans la capitale, sont des déplacés internes, ayant fui leurs foyers pour sauver leurs vies. Sur l’aéroport même de Bangui, des dizaines de milliers de personnes se sont agglutinées, ainsi que dans les églises et autres lieux de culte. Leur retour dans leurs foyers respectifs est un impératif.

 

 

 

 

 

9- LE RETOUR EN CENTRAFRIQUE DE TOUS LES REFUGIES, TOUTES CONFESSIONS CONFONDUES,AVANT LES ECHEANCES ELECTORALES :

 

Le MLPC, mon parti, soutient que le retour en Centrafrique de tous les réfugiés de toutes les confessions confondues avant les échéances électorales prévues en février 2015, est une nécessité afin de ne pas consacrer le communautarisme et donner implicitement raison aux forces négatives. Ce ne sera que justice, et toutes les dispositions doivent être prises pour protéger tous nos compatriotes de toutes confessions, sur toute l‘étendue du territoire national, comme le veut la République laïque, solidaire et unique.

 

 

 

 

 

10- PRENDRE TOUTES LES DISPOSITIONS POUR TENIR LE CALENDRIER ELECTORAL :

 

Il faut prendre toutes les dispositions nécessaires pour le retour à un ordre constitutionnel normal par le biais des élections prévues en février 2015 afin de jeter les bases d’une véritable refondation politique, économique et sociale. La parole politique doit pouvoir être réhabilitée.

 

C’est pourquoi l’Autorité Nationale des Elections (ANE) doit être immédiatement dotée de moyens lui permettant de disposer d’un budget conséquent pour l’élaboration d’un calendrier réaliste. Pour le MLPC, les opérations doivent être conformes aux dispositions du code électoral : d’abord le recensement des électeurs, l’établissement d’un fichier électoral informatisé, la délivrance de cartes d’électeurs biométriques puis un référendum constitutionnel et ensuite seulement, tenir les élections.

 

L’objectif stratégique est de tirer les leçons de notre histoire récente en bâtissant des institutions solides et représentatives de tous les Centrafricains, et en relançant effectivement la décentralisation qui permettra un développement plus équilibré du territoire. Le but final sera d’engager enfin la réforme structurelle d’un Etat accepté par tous.

 

 

 

 

 

11- LE SOUTIEN INDISPENSABLE DE LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE A LA RECONSTRUCTION DE L’ETAT ET DE LA NATION :

 

La construction d’une paix durable en Centrafrique nécessite un accompagnement et un soutien déterminé et sans faille de la communauté internationale. Ce soutien s’est manifesté par la mise en place de la MISCA et des Forces SANGARIS, et se poursuivra par la mise en place rapide d’une opération de maintien de la paix des Nations Unies (MINUSCA) en septembre prochain.

 

Au-delà, il faudra s’attaquer aux racines du mal centrafricain, c’est-à-dire l’effondrement de l’Etat dans toutes ses composantes régaliennes classiques et sa reconstruction, en tirant au maximum profit de l’expérience des Nations Unies en matière de « nation building » et de « state building ».

 

Si cette dimension centrale et structurante est occultée, il y’ a des risques que, malgré le travail important réalisé, le pays soit confronté dans un proche avenir à un « remake » comme dans le mythe de Sisyphe.

 

 

 

Je vous remercie.

 

Martin ZIGUELE

 

Paris ce 2 juin 2014